Le Sénat rejette la suspension de la réforme des retraites
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Un vote qui enterre (temporairement) la promesse du gouvernement
Le 25 novembre 2025, le Sénat a massivement rejeté la suspension de la réforme des retraites par 190 voix contre 108. Cette suspension jusqu'en janvier 2028 constituait pourtant l'une des principales concessions faites par le Premier ministre Sébastien Lecornu au Parti socialiste pour éviter une censure du gouvernement en octobre dernier.
L'Assemblée nationale avait largement adopté cette mesure le 12 novembre (255 voix pour, 146 contre et 104 abstentions), mais le Sénat, dominé par la droite et le centre, s'y oppose fermement. Pour les sénateurs de la majorité, cette suspension représente un risque budgétaire majeur et un renoncement face aux réalités économiques du système de retraite français.
Les arguments des deux camps
La chambre haute du Parlement n'a pas mâché ses mots lors des débats. Bruno Retailleau, chef de file du groupe Les Républicains, a défendu la nécessité d'augmenter le temps de travail en France et mis en garde contre le risque budgétaire d'une telle suspension. De son côté, Pascale Gruny, rapporteure de la commission, a rappelé qu'en l'absence de réforme, il faudrait choisir entre augmenter l'âge de départ, baisser les pensions ou relever les cotisations.
La gauche sénatoriale a dénoncé ce qu'elle considère comme une atteinte aux droits des futurs retraités. Patrick Kanner, président du groupe socialiste, a accusé la droite de "voler des années de vie à 3,5 millions de Français" et promis que la bataille continuerait à l'Assemblée nationale pour rétablir la suspension.
Au-delà de ces positions tranchées, le vote du Sénat illustre une fracture profonde entre les deux chambres du Parlement sur l'avenir du système de retraite. La droite sénatoriale considère la réforme de 2023 comme une nécessité budgétaire non négociable, tandis que la gauche parlementaire y voit une injustice sociale qui peut encore être corrigée.
Quels impacts concrets pour les futurs retraités ?
Les personnes nées en 1964 ou après verraient leur âge de départ reculer moins rapidement que prévu initialement.
Concrètement, un assuré né en 1964 pourrait partir à la retraite à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans, gagnant ainsi environ trois mois. La suspension ralentirait également l'accélération du nombre de trimestres requis : 170 trimestres au lieu de 171 pour cette même génération.
| Année de naissance | Âge de départ avec suspension | Âge de départ sans suspension | Trimestres requis |
| 1963 et avant | Inchangé (réforme déjà appliquée) | Inchangé | Selon année de naissance |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 63 ans | 170 trimestres |
| 1965 et après | Impact progressif ralenti | 64 ans à terme | Progression ralentie |
La suspension intégrerait également des ajustements pour les carrières longues, les situations d'inaptitude et d'invalidité, avec une entrée en vigueur prévue au 1er septembre 2026. Certains métiers de la fonction publique, notamment les policiers, surveillants pénitentiaires et égoutiers, bénéficieraient d'aménagements spécifiques permettant un départ anticipé d'un trimestre.
Une précision importante : même en cas de suspension, si aucune nouvelle loi sur les retraites n'était votée après l'élection présidentielle de 2027, la réforme Borne reprendrait automatiquement ses effets le 1er janvier 2028. Ces changements soulignent l'importance de bien préparer sa retraite avec un accompagnement adapté.
La suite de la procédure parlementaire
Le rejet du Sénat ne signe pas la fin de cette mesure. Une commission mixte paritaire, réunissant députés et sénateurs, devait se réunir pour tenter de trouver un compromis sur l'ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Toutefois, les positions diamétralement opposées des deux chambres rendent cet accord particulièrement improbable.
En cas d'échec de cette commission, le texte retournera à l'Assemblée nationale pour une nouvelle lecture. Les députés auraient alors la possibilité de rétablir la suspension de la réforme des retraites. La gauche parlementaire a d'ailleurs déjà annoncé son intention de se mobiliser pour réintégrer cette disposition dans le texte final.
Le sort final de cette suspension dépendra donc des équilibres politiques à l'Assemblée nationale et de la capacité du gouvernement à maintenir son compromis initial avec les socialistes.
Sources
Budget de la Sécu : le Sénat rejette la suspension de la réforme des retraites
Âge de départ, trimestres cotisés... Que changerait la suspension de la réforme des retraites



